Les Abeilles

Les abeilles sont les insectes qui préparent le miel. Elles vivent en communauté de plusieurs dizaines de milliers d’individus, chacune ayant un rôle bien déterminé, évoluant au cours de leur vie. Elles disposent d’un cerveau très spécialisé et de sens particulièrement bien développés.

Toutes les abeilles sont des insectes hyménoptères, végétariens et butineurs. Butiner signifie voler de fleur en fleur à la recherche de nourriture. L’abeille récolte ainsi dans la nature nectar, propolis, miellat et pollen. En butinant l’abeille assure également la pollinisation, c’est-à-dire le transport du pollen permettant la reproduction des plantes.

Leur taille distingue les abeilles des bourdons, aux mœurs comparables mais plus ronds et généralement plus gros. Les guêpes ont quant à elles la taille fine, en général moins de poils et leurs larves sont carnivores. Le nom d’abeille est ainsi généralement accordé aux espèces dont l’aspect se rapproche de celui des mouches. Leurs quatre ailes reliées deux à deux différencient pourtant facilement les abeilles des mouches, notamment des syrphes, ces diptères également pollinisateurs qui arborent par mimétisme le costume rayé de la guêpe et parfois celui, plus poilu, des abeilles.

Selon les habitudes de vie des espèces, on distingue plusieurs catégories d’abeilles : l’expression « abeille domestique » est l’un des noms usuels de l’abeille européenne (Apis mellifera) mais elle peut aussi être employée pour toute autre abeille domestiquée par l’Homme. Par opposition, on nomme « abeille sauvage » une abeille non domestiquée. L’expression « abeille sociale » désigne une espèce d’abeille vivant en colonie, sinon il s’agit d’une « abeille solitaire » constituant plutôt des agrégations (ou bourgades) de terriers individuels. D’autres espèces sont des « abeilles parasites » ou « abeilles coucous » qui pratiquent le cleptoparasitisme.

Certaines abeilles transforment une partie de leur récolte en produits dérivés : miel, cire ou gelée royale. Ces produits sont stockés dans des nids plus ou moins élaborés : de simples galeries pour les espèces solitaires, des assemblages complexes de rayons de cire pour les espèces sociales. Les espèces qui en produisent en quantité significative sont appelées des « abeilles à miel ».

La taille et le poids des abeilles varient selon les espèces, leur taille va de 9 à 15 mm de long et elles peuvent peser de 60 à 80 mg.

Une Abeille maçonne : Osmia Cornifrons
Une Abeille maçonne : Osmia cornifrons
Une Abeille solitaire : Dasypoda altercator
Une Abeille solitaire : Dasypoda altercator

 

 

 

 

 

 

Depuis les années 1970 avec une accélération depuis la fin des années 1990, de nombreuses espèces d’abeilles sont en forte régression (ou ont localement disparu) en raison, semble-t-il, de parasites, virus, champignons, bactéries, mais aussi de la dégradation des habitats (urbanisation, imperméabilisation des sols, débocagisation) et du réchauffement climatique qui a un impact sur la phénologie des plantes hôtes et des fleurs pollinisées. Or, ces abeilles ont une importance majeure pour la pollinisation de nombreuses espèces de fruits, légumes et céréales. Les impacts de l’usage croissant de certains pesticides et insecticides écotoxiques sont également suspectés depuis la fin des années 1990 d’avoir un lien avec le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles domestiques. Ce lien a été confirmé par deux études faites en milieu naturel (« conditions réalistes »), publiées par la revue Science en mars 2012, confirmant des impacts négatifs des néonicotinoïdes sur deux pollinisateurs essentiels, l’abeille domestique61 et le bourdon commun ;

Présents par diffusion dans le nectar et le pollen des fleurs de cultures industrielles telles que le maïs et le colza, ils affectent le système nerveux des insectes. Il ne s’agirait pas de la seule cause du syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, mais il y participe et accélère la régression de ces pollinisateurs.

Déclin des abeilles domestiques

Une étude française conduite par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) avec le réseau des instituts des filières agricoles et végétales (ACTA), s’est basé sur le radiosuivi d’abeilles par micropuces (système RFID) identifiant 653 abeilles mellifères, et un comptage électronique des entrées/sorties de ruche.

Comme certains apiculteurs l’avaient pressenti ou observé, au moins l’un des néonicotinoïdes les plus utilisés perturbe l’orientation des abeilles ; le thiaméthoxame (matière active de produits commerciaux tels que le Cruiser, Flagship, Illium, Axoris). 10% à 31% des abeilles ayant ingéré cette molécule, même à de très faibles doses, se sont montrées incapables de rejoindre leur ruche. Or, la perte de repères est l’un des éléments du syndrome d’effondrement des colonies. Hors de la ruche, ces abeilles meurent trois fois plus que le taux normal.

Le projet « EPILOBEE » est la première surveillance épidémiologique de la mortalité des colonies d’abeilles domestiques en Europe. Au total, ce sont 31 832 colonies d’abeilles provenant de 3 284 ruchers qui ont été suivies entre l’automne 2012 et l’été 2013. Les premiers résultats provenant des 17 pays européens participants montrent une grande variabilité des taux de mortalité en fonction des zones géographiques en Europe. Les taux de mortalité hivernaux s’échelonnent suivant les pays de 3,5 % à 33,6 %. Les taux de mortalité des colonies pendant la saison apicole sont quant à eux plus faibles et sont compris entre 0,3 % et 13,6 %. En additionnant la mortalité hivernale à la mortalité de la saison apicole, c’est la Belgique qui arrive en tête de ce lugubre classement, avec un taux de mortalité de 42,5 %. Viennent ensuite le Royaume-Uni (38,5 %), la Suède (31,1 %), la Finlande (29,8 %) et la France (27,7 %).

Déclin des abeilles sauvages

Une première évaluation (liste rouge) a été publiée en 2015, faite par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)pour une partie des 1 960 espèces d’abeilles sauvages recensées en Europe : 9,2 % des espèces sauvages étudiées sont en voie d’extinction selon l’UICN et 5,2 % le seront dans un avenir proche. Plus précisément, 7,7 % (150 espèces) sont en déclin certain, 12,6 % (244 espèces) semblent plus ou moins stables et 0,7 % (soit 13 espèces) seraient en augmentation.

La situation est peut être plus grave, car alors que des phénomènes de perte de compétence (orientation, capacité à se nourrir) est constatée chez certaines espèces à des échelles nationales, pour plus de 79 % des espèces, une tendance n’a pu être évalue et pour 56,7 % des espèces, leur statut de menace n’a pu être évalué faute de données scientifiques. De plus, ce déclin est associé à une forte chute de la diversité génétique pour les espèces en déclin, mais l’UICN signale aussi que ce déclin contribue à la crise de la biodiversité avec en Europe près de 30 % de toutes les espèces d’abeilles menacées (en danger critique, en danger, vulnérables) qui sont endémiques au continent Européen ou à une partie de ce continent (l’Europe abrite 10 % des espèces d’abeilles connues dans le monde, sur 7 % des habitats terrestres mondiaux). Diverses plantes (sauvages ou cultivées) ne peuvent être pollinisées que par une ou quelques espèces d’abeilles « spécialistes » ; leur régression entraine donc aussi une perte de diversité végétale. De plus, selon les données les plus récentes, ce sont les abeilles sauvages qui assurent maintenant la plus grande part de la pollinisation (autrefois attribuée à l’abeille domestique).

L’intensification de l’agriculture (avec ses effets collatéraux tels que l’augmentation de l’utilisation de pesticides, néonicotinoïdes notamment le drainage, le recul des prairies permanente et du bocage) est pointée comme première menace via la destruction et pollution des habitats des abeilles sauvages. Même dans des pays à l’environnement considéré comme relativement préservé comme la Suède, un effondrement de certaines espèces, de bourdons par exemple, est constaté.

D’autres pollinisateurs, comme papillons et le bourdon, subissent le même déclin.